Comment corriger l’anticipation au tir : la repérer, puis l’éliminer par l’entraînement

Technique

L’anticipation, c’est le corps qui se crispe pour un coup qui n’est pas encore parti : la détonation et le recul sont encore à venir, et l’arme bouge déjà. Jeff Johnston, instructeur de tir de la NRA qui écrit sur les armes longues pour NRA Family, la juge très courante et pas facile à surmonter ; la plupart du temps, dit-il, le tireur ne s’en rend même pas compte.

Voici comment corriger l’anticipation en tir sur cible papier, au pistolet ou à la carabine, à air comprimé ou à poudre : comment la prouver, et comment le tir à sec, moins de bruit et de recul, et une routine fixe l’éliminent.

La réponse courte

La prouver, puis tirer à sec

Corriger l’anticipation au tir, étape par étape :

  1. Prouvez-la d’abord. Sur une chambre vide ou une cartouche inerte, l’anticipation se voit : l’arme bouge alors que rien ne la fait bouger.
  2. Tirez souvent à sec, et au stand glissez de temps en temps un coup réel, pour que presser la détente cesse de signifier une détonation.
  3. Supprimez ce qui la nourrit : une bonne protection auditive, un calibre plus petit ou une arme à air pendant un temps, et du repos avant la fatigue.
  4. Regardez le guidon, le point ou le réticule pendant tout le coup ; l’anticipation fait souvent fermer les yeux.
  5. Suivez la même routine à chaque coup, et attendez-vous à ce que cela prenne des mois.

Qu’est-ce que l’anticipation au tir ?

Se crisper avant le départ

L’anticipation est un mouvement involontaire fait avant que le coup ait quitté l’arme, dans l’attente de son bruit et de son recul. Jo Deering, qui écrit pour NRA Women, décrit un mouvement erratique, en général du doigt, du bras, de la tête ou de tout le buste, pendant l’action sur la détente, le plus souvent parce qu’on s’y attend : le cerveau sait qu’un bruit fort et un peu de recul arrivent, et réagit avant qu’ils se produisent.

Tout est affaire de moment. Réagir au recul au moment où il arrive ne ferait aucun mal, écrit dans Shooting Illustrated Paul Schoch, qui enseigne le tir de combat au pistolet à des unités d’opérations spéciales et à la police ; mais les réactions humaines ne sont pas aussi rapides, alors nous nous crispons souvent avant, et la moindre tension avant que la balle quitte le canon déplace la visée.

Anticipation ou coup de doigt ?

Crispation ou coup arraché

Les deux se confondent facilement, et vont souvent ensemble. Le guide d’entraînement au pistolet de l’US Army Marksmanship Unit (USAMU) les décrit tous deux dans un même paragraphe. D’abord le coup de doigt : une pression soudaine, forcée dans le bref instant où la visée paraît bonne, avec des muscles autres que ceux de l’index qui s’en mêlent. Puis le jeune tireur qui, dans l’attente du recul et du bruit fort du pistolet, crispe ses muscles par anticipation ; cela, dit le guide, est « aussi appelé poussée du talon ».

Brian Zins, 12 fois champion national de pistolet de la NRA, va plus loin. Dans Shooting Sports USA, une revue de la NRA, il voit dans le coup de doigt, la poussée du talon et l’anticipation du recul autant de formes d’anticipation, derrière pratiquement chaque mauvais coup qui ne venait pas d’un problème de prise ou de position. La pression elle-même est traitée dans Le lâcher ; cet article porte sur la crispation.

Comment savoir si vous anticipez

L’arme bouge sur chambre vide

Le recul peut la masquer : comme le pistolet bouge dans le recul, note le guide de l’USAMU, un tireur ne se rend souvent pas compte qu’il cligne des yeux ou crispe le bras et l’épaule. Les signes de Johnston, observés sur plusieurs coups :

  • la détente arrachée vite et fort ;
  • les yeux fermés et serrés juste avant le coup ;
  • la bouche qui bouge avant le départ du coup ;
  • des groupements qui ne se resserrent pas, alors que d’autres tirent bien avec la même arme ;
  • un tireur qui ne prend pas plaisir à tirer avec l’arme et s’arrête vite.

La preuve, c’est un coup qui ne part pas. Dans le test de Johnston, sur le pas de tir, le tireur ferme les yeux, un aide fait semblant de charger, et un téléphone filme la pression sur la détente : si l’arme fait un écart alors qu’elle est vide, c’était de l’anticipation. La version de Deering se fait à sec, sous l’œil d’un ami ou d’un téléphone : une arme centre-feu vide, ou une arme à percussion annulaire ou un fusil chargés de cartouches inertes prévues pour l’entraînement. Faites la première sur un stand, selon son règlement ; la seconde seulement avec l’arme dont vous avez vous-même vérifié qu’elle est déchargée, les munitions réelles hors de la pièce, la bouche dans une direction sûre, et l’accord du fabricant pour le tir à sec.

Annoncer vos coups aide aussi : quand vous ne pouvez pas dire où était la visée au moment du départ, vos yeux étaient peut-être fermés. Dans un article de Shooting Illustrated sur l’anticipation, George Harris voit dans la fermeture des yeux la forme la plus répandue de la réponse automatique d’autoprotection face au bruit et au mouvement de l’arme. Voir Accompagnement.

L’exercice des cartouches inertes

Un tiers charge à votre insu

Les cartouches inertes mêlées aux réelles (ball and dummy) sont la preuve classique avec une arme à feu. Le guide de l’USAMU juge l’exercice le plus efficace quand une autre personne charge : l’entraîneur chambre au hasard une cartouche réelle ou inerte, le tireur ne doit jamais savoir laquelle, et toute réaction musculaire qui perturbe l’arme montre aussitôt l’erreur à l’entraîneur. Tous deux conviennent alors d’une correction, même si le guide admet que, dans la plupart des cas, l’erreur devient seulement plus rare.

Tout le monde ne l’apprécie pas. Zins détestait cet exercice et ne lui voit pas de place au stand : il montre la faute sans la corriger. La version de Johnston, les yeux fermés pendant qu’un aide charge ou non, peut aider un tireur désireux de se débarrasser de son anticipation, écrit-il, mais n’est pas agréable, et peut faire reculer un tireur craintif, réticent ou pas encore solide techniquement.

  • Faites-le sur un stand, selon son règlement, avec un entraîneur ou un ami de confiance qui fait tout le chargement.
  • Utilisez des cartouches inertes d’entraînement de votre calibre, et rangez-les à l’écart de vos munitions réelles après la séance.
  • Après chaque clic, gardez la bouche vers la cible pendant que celui qui charge vérifie l’arme.

Le tir à sec contre l’anticipation

Ni bruit ni recul

Sans détonation ni recul, il n’y a rien contre quoi se crisper. En tir à sec, dit le guide de l’USAMU, les réflexes qui gâchent un coup — tendre le bras contre le recul, se crisper avant le coup, cligner des yeux au bruit — ne s’ancrent pas ; ils s’estompent, et peuvent disparaître complètement. Les erreurs que le recul et le bruit du tir réel masquent, ajoute-t-il, ne peuvent être cernées précisément qu’en tir à sec.

  • Gardez les yeux sur le guidon, le point ou le réticule pendant la pression et après, comme le conseille Deering.
  • Alternez à sec et réel au stand : Johnston fait tirer à sec jusqu’à ce que plus rien ne bouge, puis tirer une cartouche réelle environ une fois sur six, et recommencer.
  • On peut abuser du tir à sec, prévient le guide de l’USAMU : dix minutes au début, et une trentaine au plus une fois que votre tir progresse.

Avant de tirer à sec chez vous, déchargez l’arme et vérifiez-la vous-même, sortez munitions et plombs de la pièce, et dirigez la bouche dans une direction sûre ; ne mêlez des coups réels qu’au stand, selon son règlement. Consultez aussi d’abord le manuel du fabricant : certaines armes ne doivent pas être tirées à sec. Le lâcher donne des exemples de fabricants, et S’entraîner chez soi le côté carabine à air.

Bruit et recul : que changer

Ouïe, calibre, repos

Des armes plus grosses et plus bruyantes aggravent l’anticipation, écrit Deering. Une fiche de 4-H Shooting Sports sur les fautes techniques au pistolet, dont beaucoup consistent à anticiper le recul ou à lutter contre lui, dit qu’elles viennent souvent de pauses trop rares, de la fatigue, de pistolets de gros calibre au fort recul avant que les bases soient acquises, de l’absence de protection des yeux et des oreilles, et d’un manque de concentration.

  • Vos oreilles. Le remède de Johnston comprend une excellente protection auditive ; le guide de l’USAMU veut vos oreilles protégées en permanence, contre les lésions et contre le souffle de la détonation et les autres bruits qui rompent la concentration. Le NIOSH, l’institut américain pour la sécurité et la santé au travail, demande aux travailleurs et aux tireurs, dans ses consignes pour les stands de tir couverts, de porter bouchons d’oreilles et casque antibruit ensemble : dans ses essais avec des armes à feu des forces de l’ordre, la combinaison réduisait le pic de bruit de 44 dB en moyenne, les bouchons seuls de 24 dB et le casque de 26 dB.
  • Même en .22. Une carabine .22 à percussion annulaire est assez bruyante pour abîmer l’ouïe à la longue, prévient le guide Rimfire Sporter de la CMP, qui rend obligatoires bouchons d’oreilles ou casque antibruit pour ses compétiteurs sur la ligne de tir.
  • Le calibre. Johnston conseille un petit calibre au recul doux, dans une arme qui vous convient ; Deering, beaucoup de .22 LR, puis remonter progressivement.
  • Le repos. Arrêtez avant d’être fatigué.

Armes à air : anticiper sans recul

Anticiper le coup lui-même

Une carabine à air de match n’a pas de recul, ou un faible recul, dit le National Coach Course de l’ISSF pour la carabine, de Goran Maksimovic. Une arme à air à piston et ressort, c’est autre chose : voir Types de carabine à air.

Mais l’anticipation n’a pas besoin de recul. Dans une leçon vidéo pour Shooting Sports USA, Zins décrit le tireur qui voit la visée s’aligner et veut que le coup parte tout de suite : un coup de doigt, dit-il, mais aussi une forme d’anticipation. À la carabine ou au pistolet à air, surveillez une pression qui se précipite quand la visée se pose, un clignement, une main qui se crispe, et éliminez-la sur le réglage de tir à sec de l’arme, là où son fabricant en prévoit un. Pour le tireur à l’arme à feu, la fiche 4-H suggère un pistolet à air pour réduire l’anticipation du recul.

Où tombent les coups anticipés

Avis divergents

Pas à un seul endroit : le guide de l’USAMU, à propos d’une méthode de lâcher qu’il ne recommande pas, dit que l’anticipation « entraîne généralement une poussée du talon », la balle frappant à environ une heure, tandis que Schoch écrit que les coups anticipés sont presque toujours bas à gauche pour un tireur droitier, le pistolet plongeant quand la prise et les avant-bras se crispent. La place d’un trou est un indice, pas un diagnostic ; le tableau de correction au pistolet passe les directions en revue une à une.

Comment prévenir l’anticipation

Une routine, des mois de patience

Même les champions anticipent : Zins dit que, sinon, il aurait déjà tiré un score parfait. Sa réponse est un processus de tir. Faites noter par un partenaire tout ce que vous faites pour tirer un dix, du moment où vous posez l’arme sur la table jusqu’à son recul ; puis suivez-le à chaque fois, et en tir lent interrompez le coup dès qu’une étape se passe mal. La plupart des coups qu’il interrompt, écrit-il, il les arrête avant que l’arme se soit posée dans la zone de visée.

Schoch donne à l’esprit un seul mot pour le dernier instant : « attends », pendant que vous regardez la visée et ramenez la détente très lentement vers l’arrière. Et attendez-vous à ce que cela prenne des mois, comme Johnston.

En attendant, continuez à tirer des cartons. Scanné dans Shooter, chacun montre où se trouve chaque trou et ce que mesure le groupement ; à vous, et à votre entraîneur, de juger si cela signifie que l’anticipation s’estompe.

Questions fréquentes

3 questions

Comment savoir si j’anticipe ?

Tirez sur une chambre que vous croyez chargée mais qui ne l’est pas. Jeff Johnston, qui écrit pour NRA Family, fait mimer le chargement par un aide pendant que le tireur garde les yeux fermés ; si l’arme fait un écart alors qu’elle est vide, c’était de l’anticipation. Un tir à sec sous l’œil d’un ami ou d’un téléphone montre la même chose, avec l’arme déchargée et vérifiée et un fabricant qui autorise le tir à sec ; les cartouches inertes mêlées aux réelles (ball and dummy), un entraîneur chargeant au hasard une cartouche réelle ou inerte, la montrent en tir réel. Faites le test de Johnston et l’exercice des cartouches inertes sur un stand, selon son règlement.

Anticiper le recul, est-ce un défaut ?

Oui, quand cela déplace l’arme avant que la balle ait quitté le canon, ce qui arrive souvent : les réactions humaines sont trop lentes pour répondre au recul au moment où il survient, écrit Paul Schoch dans Shooting Illustrated, alors nous nous crispons avant. Laissez l’arme reculer, et continuez à viser pendant tout le coup.

Pourquoi est-ce que j’anticipe en .22 ?

Parce que l’anticipation est une habitude, et le recul n’en est qu’une partie. George Harris, dans Shooting Illustrated, écrit qu’il faut peu de répétitions pour créer l’habitude et que chaque coup la renforce. Un .22 détonne quand même : le guide Rimfire Sporter de la CMP juge une carabine .22 assez bruyante pour provoquer à la longue une perte auditive. Et Brian Zins compte aussi comme anticipation le fait de vouloir que le coup parte dès que la visée s’aligne. Portez une bonne protection auditive, et éliminez-la par le tir à sec.